Poèmes de Daniel Krakowski

Le vieux chêne

Un chêne

Surgi là via un gland de passage,

Se trouvait très surpris

D'être seul dans un champ.

A l'abri d'un talus,

Il put devenir grand

Puis dominer les haies

Et abriter ces clans

Que forment les oiseaux

Quand ils sont en voyage.

 

Quelques siècles plus tard,

Son embonpoint aidant,

Il recevait beaucoup.

Des volatiles certes,

Mais aussi des humains

Qui l'avaient découvert

Et s'adressaient à lui,

Témoin de l'univers.

Ils louaient sa splendeur,

Mesuraient son pourtour,

Estimaient sa hauteur,

Questionnaient les voisins

Et scrutaient chaque branche.

Un beau jour, vint un car

Chargé de doctes gens,

Tous bardés d'appareils,

Et tous, le regardant,

Se déclaraient heureux

D'être ainsi en présence

D'un arbre de mémoire

Au si vaste contour.

Il sera désormais

Au Panthéon des arbres

Car il est remarquable

Explique le label

Décerné ce jour-là.

 

La concurrence

Un chêne disait à un hêtre,

Qui le prenait un peu de haut,

Pourquoi veux-tu être le maître ?

L'autre lui dit, tu es de trop !

L'eau semblait suffire aux deux êtres,

Le soleil semblait l'être aussi,

Ainsi va l'esprit de conquête.

 

Mais un jour, vint la tronçonneuse,

Abattit l'un, l'autre suivit.

Les deux grands arbres ont péri

Pour qu'une route passe ici.

 

 

La vie des uns prend la vie des autres.

A entendre certains apôtres

Celle des autres ne vaut rien,

Si on tue, c'est pour notre bien.

Date de dernière mise à jour : 15/08/2022